École numérique: quelles plus-values pédagogiques?

Si le potentiel du numérique à l’école est mis en avant depuis plusieurs années par les politiques, il n’existe pas de constats factuels permettant de confirmer cette idée. L’OCDE, institution pourtant favorable au numérique, admet non seulement qu’on n’obtient pas de meilleurs résultats avec le numérique à l’école, mais au contraire que certaines performances pourraient diminuer. 

Une plus-value pédagogique non démontrée

Selon Jesper Balslev dans Former au numérique ou fournir de l’attention aux GAFAM?, les communications politiques mettent depuis des années en avant le potentiel du numérique, pour motiver ou pour faire du peer-to-peer learning, sans pour autant s’appuyer sur des constats factuels: “Il n’y a jamais de constats factuels, et là où il y en a, ils sont très contextuels et sur des cas uniques”. 

Dans un entretien à La Revue Durable, Philippe Bihoux rappelle également qu’il n’existe actuellement pas d’étude sérieuse, à grande échelle, sur les variations des performances des élèves avec et sans équipement numérique. (La revue durable n° 58). 

La plus-value pédagogique de l’”école numérique” n’est pas démontrée, comme l’a relevé une étude diligentée par l’OCDE en 2015 dans le cadre du programme PISA

Performances scolaires en diminution avec le numérique

Cette même étude PISA révèle même que les pays qui ont le moins dépensé dans le numérique produisent les meilleurs résultats en mathématiques, en sciences et en lecture: «les pays qui ont le plus investi sont ceux qui ont vu les performances de leurs élèves diminuer le plus sévèrement. […] Les résultats sont identiques pour la lecture, les mathématiques et les sciences». 

Philippe Bihouix et Karine Mauvilly citent également plusieurs études américaines soulignant la relation négative entre l’usage des outils numériques et la performance scolaire au collège. A l’Université, cette étude fait état d’une baisse de comportements académiques positifs, comme l’assiduité, le fait de rendre ses travaux à temps, en raison d’une utilisation intensive des écrans et de l’impact de cette dernière sur le sommeil.  

Efficacité pédagogique ou distraction des élèves?

Dans Le désastre de l’école numérique, Philipe Bihouix et Karine Mauvilly montrent même que certains usages numériques pourraient détourner l’attention des élèves. Ils se réfèrent notamment à l’ouvrage de F. Amadieu et A. Tricot, Apprendre par le numérique, Mythes et réalités (Retz, 2014), qui montre à quel point la vidéo seule n’apporte aucun avantage pédagogique et détourne au contraire l’attention de l’élève sur le fond, et non la forme. 

Jesper Balslev, va plus loin, en citant l’exemple du Danemark, où l’école a été outillée avec le numérique dès 1984 dans un entretien avec Kristine Balslev, maître d’enseignement et de recherche à la FPSE de l’UNIGE. Selon ce membre du Conseil sur l’apprentissage numérique, qui termine une thèse sur les arguments en faveur du numérique à l’école, loin d’avoir été révolutionnée par le numérique, l’école danoise a régressé: “l’introduction du numérique a été une énorme distraction”. De nombreuses recherches disent ainsi que les enfants sont sur Facebook pendant le temps scolaire, lors duquel ils sont censés acquérir du savoir et non produire de l’attention que les GAFAM peuvent utiliser.  

Éduquer AU numérique n’est pas éduquer PAR le numérique

Selon le collectif RUNE, il ne s’agit pas de refuser les innovations technologiques ni de nier que le monde se transforme avec les nouvelles technologies, mais d’affirmer que se préparer au mieux à l’avenir ne nécessite pas forcément de déployer celles-ci à l’école dès le plus jeune âge. 

Il paraît en revanche essentiel qu’au long de leur cursus scolaire, les élèves apprennent à réfléchir sur leurs usages numériques, en partant de leur pratique et en les accompagnant vers une meilleure compréhension du rapport qu’ils entretiennent avec les outils connectés.

Sélectionner, trier, classer les informations, à faire la différence entre les sources fiables et celles qui ne le sont pas. Apprendre par exemple que les premiers résultats de Google ne sont pas toujours les plus pertinents lorsqu’on fait une recherche, et qu’ils ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Comprendre les usages et dangers liés à Internet : le cyberharcèlement et son cadre réglementaire, le risque que certaines données personnelles diffusées échappent à tout contrôle, les manipulations psychologiques sur les réseaux sociaux, etc. Comprendre également les risques pour leur santé de la surexposition aux écrans de toute sorte.
Cet accompagnement AU numérique doit être adapté selon l’âge des élèves.

À propos du numérique, un domaine en constante évolution par lequel se développent des inégalités dans l’accompagnement éducatif des jeunes, l’école pourrait se positionner en tant qu’acteur de prévention, comme elle le fait pour les questions de sexualité ou de citoyenneté.

Selon le collectif RUNE, l’acquisition de compétences numériques, telles que la bureautique ou la programmation informatique, doit se faire à partir du Secondaire I.

Références 

Pourquoi un moratoire sur la formation PAR le numérique en école primaire? 

Si la Suisse romande était jusqu’à présent restée modérée dans l’investissement dans les technologies à visées éducatives en primaire, le DIP a annoncé en 2018 un plan d’actions pour le développement de l’enseignement de l’information, ainsi que d’une “véritable culture du numérique”: 

Le groupement RUNE – Réfléchissons à l’Usage du Numérique et des Ecrans, estime que l’intrusion du numérique dans les écoles primaire ne peut se faire sans véritable recul, débat ni réflexion, en prenant en considération plusieurs éléments problématiques: 

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