Usages des écrans et santé des enfants

Plusieurs études et professionnel-le-s de la santé et de l’enfant relèvent qu’une exposition fréquente et prolongée aux écrans de toute nature est susceptible d’affecter le développement physique, psychique et social de l’enfant. Face aux risques soulevés par la multiplication des écrans dans la vie de nos enfants, l’école ne devrait-elle pas jouer un rôle de refuge?

Effets sur la vision, risques d’addiction aux écrans ou psycho-sociaux: nombreuses sont les inquiétudes soulevées ces dernières années par des professionnel-le-s de la santé et de l’enfant, estimant que la surexposition aux écrans constitue un enjeu majeur de santé publique

Atteintes à la santé physique

Les atteintes à la santé en lien avec l’utilisation répétée des écrans, recensées notamment dans l’ouvrage de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly Le désastre de l’école numérique, sont multiples:  fatigue oculaire, diminution de la vue (myopie), baisse de la concentration, moral affecté, impact sur le sommeil lié aux troubles du rythme circadien, etc.

L’usage d’écran de manière répétée sur de longues durées peut ainsi provoquer des effets irréversibles sur la rétine, sous forme d’une réaction photochimique tuant les cellules de la rétine externe, en particulier chez les enfants. Comme le rappelle Anne-Lefèvre-Balleyder dans son article  Pourquoi faut-il se méfier de la lumière des LED?, “avant dix ans, il n’y a encore ni cristallin jauni ni pigments maculaires pour filtrer en partie la lumière bleue et sauvegarder les yeux”. 

D’autres effets comme des maux de tête et de la fatigue peuvent également se manifester.

Risques d’addiction 

À l’occasion de la publication de sa nouvelle Classification internationale des maladies (CIM-11) en 2018, l’OMS a officiellement reconnu l’existence de l’addiction aux jeux vidéo (gaming disorder).  En 2018, une revue d’études disponibles parue dans le Scandinavian Journal of Psychology évaluait à environ 5% les adolescent-e-s touché-e-s par ce fléau. 

Toujours dans la publication de CIM-11, l’OMS évoque également des «troubles d’usage d’Internet et de dispositifs similaires». Les spécialistes utilisent ainsi ce terme depuis qu’ils ont mis en évidence que la dépendance à l’utilisation d’Internet, en particulier aux réseaux sociaux, modifie l’anatomie de certaines régions du cerveau, d’une manière similaire à celles qu’induisent d’autres dépendances comportementales. C’est notamment ce qui a été démontré par Christian Montag et ses collègues dans le rapport scientifique Internet Communication Disorder and the structure of the human brain: initial insights on WeChat addiction, paru en 2018. 

En 2014, Cecilia Cheng et Ay Li révélaient dans une méta-analyse d’études menées dans 31 pays  que 6% de la population mondiale présentait des signes d’addiction à Internet. 

Dans le documentaire The Social Dilemma, plusieurs repentis ayant occupé des postes de pouvoir chez Google, Facebook ou Pinterest expliquent le processus addictif qui se met en branle dès que l’on allume son appareil numérique, grâce aux algorithmes compilant des données permettant de prédire les comportements des individus de manière précise. 

Troubles cognitifs, psychiques, impact sur la confiance en soi

En France, le Collectif surexposition écrans (CoSE), composé de pédiatres, de pédopsychiatres, de psychologues, d’orthophonistes et d’autres professionnel-le-s de la santé a publié dans une tribune parue dans Le Monde du 17 janvier 2019 des chiffres inquiétants d’augmentation du nombre d’enfants scolarisés de 2 à 11 ans souffrant de troubles intellectuels et cognitifs (24%), troubles psychiques (54%) et troubles de la parole et du langage (94%).

Par ailleurs, l’usage des écrans a vraisemblablement un impact négatif sur le degré de confiance en soi des jeunes, comme le démontre l’étude How Healthy Behaviour Supports Children’s Wellbeing du “Public Health England », département en charge de la santé publique au Royaume-Uni, qui a interrogé 42’000 enfants de 8 à 15 sur leur niveau de bien-être, croisant leur réponse avec leur temps d’écran. 

Il est apparu que lorsque le temps de télévision augmente, les enfants témoignent de moins d’estime de soi et de moins de joie; lorsque le temps global d’écran augmente (télévision, ordinateur, jeux vidéo), les cas d’anxiété, de stress et de dépression augmentent. 

L’étude révèle aussi que les enfants faisant plus d’activité physique sont davantage capables de se concentrer à l’école, ont de meilleures relations avec leurs camarades et déclarent un plus faible niveau d’inquiétude, d’anxiété et de dépression. « L’activité physique ou la vraie interaction sociale, c’est-à-dire de visu, avec ses amis ou sa famille, sont deux facteurs reconnus comme diminuant l’anxiété infantile » estime Kevin Fenton, directeur du département santé et bien-être du Public Health England.

Composition problématique des appareils 

La composition des appareils numériques peut également avoir un impact sur la santé. Par exemple, le phtalate assouplissant, un additif chimique toxique, se retrouve dans les éléments de plastique souple des tablettes. « Le plastique mou est sensible à l’acidité, à la chaleur et au gras, précise Anne Lafourcade, ingénieure et chimiste spécialisée en santé environnementale, pour peu qu’une tablette ait chauffé au soleil, les phtalates et les colorants migrent alors tranquillement vers le jeune utilisateur. » Les phtalates appartiennent à la liste des perturbateurs endocriniens avérés.

Incertitudes quant à la nocivité de l’exposition aux ondes pour les enfants

La question se pose concernant la nocivité de l’exposition aux ondes pour les enfants. Les incertitudes sur ce sujet demeurent. Le cumul des sources électromagnétiques n’est pas anodin: celles de la tablette, de la borne wifi, du tableau blanc interactif, de l’antenne-relais du quartier, etc. 

A ce sujet, le 31 mai 2011, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’OMS a classé les champs électromagnétiques de radiofréquences comme peut-être cancérigènes pour l’homme (groupe 2B), sur la base d’un risque accru de gliome, un type de cancer malin du cerveau. Son communique de presse révèle que «depuis quelques années, on note une préoccupation croissante pour de possibles effets néfastes sur la santé de l’exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences, tels que ceux qui sont émis par les appareils de communication sans fil. »

Dans le contexte de multiplication des écrans dans la vie de nos enfants, et face aux inquiétudes sanitaires soulevées par de nombreux professionnel-le-s de la santé et de l’enfant, l’école primaire peut-elle se faire le relai d’une telle évolution, et même majorer les risques sanitaires déjà encourus par l’utilisation des écrans en dehors des salles de classe? L’école numérique ne risque-t-elle pas de renforcer les risques en augmentant le temps d’écran global, en légitimant l’écran comme bon outil, et en incitant même les enfants à se connecter à la maison après la classe? 

Références

Pourquoi un moratoire sur la formation PAR le numérique en école primaire? 

Si la Suisse romande était jusqu’à présent restée modérée dans l’investissement dans les technologies à visées éducatives en primaire, le DIP a annoncé en 2018 un plan d’actions pour le développement de l’enseignement de l’information, ainsi que d’une “véritable culture du numérique”: 

Le groupement RUNE – Réfléchissons à l’Usage du Numérique et des Ecrans, estime que l’intrusion du numérique dans les écoles primaire ne peut se faire sans véritable recul, débat ni réflexion, en prenant en considération plusieurs éléments problématiques: 

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